« Des ombres à l’aube » de Karl Jacoby. Apaches, violence, laborieux et collecteurs…

L’ouvrage « Des ombres à l’aube » de Karl Jacoby professeur d’histoire à l’université de Columbia (New-york) nous fait découvrir un peuple qui n’a pas passé la fameuse ligne, celle qui se veut conductrice sur ce blog, celle qui, je l’espère, nous permettra de créer une nouvelle jonction entre aujourd’hui et demain.

Les Apaches, contrairement au peuple voisin des O’odhams, ne pratiquent pas, ou presque pas l’agriculture ni l’élevage. Ils prélèvent, depuis longtemps déjà sur un immense territoire, leurs besoins en viande sauvage et collectent les végétaux qui leurs sont nécessaires. Arrive alors une nouvelle société imprégnée du culte du travail, de l’accumulation, de l’appropriation, croyant dans une religion basée sur la récompense promise après l’effort et l’abnégation. Ces chasseurs-cueilleurs sont aussi des guerriers. Ils optent pour le vol du bétail des éleveurs et des agriculteurs. Tous les ingrédients sont là pour déclencher un terrible massacre, une confrontation de deux espaces-temps où chacun s’imagine dans le camp des justes.

Les peintures des peuples des plaines d’Amérique du Nord ne sont pas sans rappeler l’art rupestre des vieux continents.

Un livre qui interpelle dans le monde d’aujourd’hui maintenu par des piliers nommés emploi, croissance, performance économique et travail. Pourrons nous rejoindre l’étroit chemin, qui a permis de perpétuer l’espèce humaine durant des centaines de milliers d’années, sans manquer la sortie de la voie rapide où nous filons sans réelle finalité ? Avec l’invention de l’agriculture l’ère de la production cumulative semble avoir gagné. Nous sommes engagés dans un cycle basé sur une conviction : Homo Sapiens maîtrise son environnement par le labeur, mais il est constamment arc-bouté dans un effort constant et violent. Il produit de manière exponentielle, inonde et scarifie tous les espaces imaginables de son unique planète stigmatisée par l’anthropocène.

L’infinité des nations vue et représentée par le peintre chef Apache Naiche.

Les photographies suivantes sont terriblement émouvantes. Elles sont peut-être contemporaines des massacres de femmes et d’enfants justifiés par ceux qui, après avoir déshumanisé les apaches, les considèrent comme nuisibles. Ils ne pratiquent pas l’agriculture et sont encore étrangers à la notion de travail. En vis à vis, les apaches voient « l’homme blanc » et quelques tribus sédentarisées et pacifiées, comme les O’odhams qui pratiquent l’agriculture, comme ennemis chez qui l’on prélève le bétail et on le ramène comme trophée au prés des siens. Karl Jacoby nous apprend à travers des récits et des documents de l’époque, qu’à l’heure des expéditions punitives, quelques soldats gouvernementaux refusaient de faire des prisonniers pour éviter que « les sauvages ne se reproduisent !« . Il s’en suit des discussions au sein de certaines unités militaires. Quelques uns parmi eux écœurés et choqués par les exécutions d’enfants, s’abandonnent volontairement dans le désert à la merci des apaches encore libres et assoiffés de vengeance. Il arrive que des prisonniers « blancs » soient donnés en pâture aux femmes apaches. Traumatisées par les exactions, elles les exécutent parfois de leurs propres mains.

Apaches photographiés par Edward S. Curtis à la toute fin du 19° siècle.

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