Le travail est-il à l’origine de la guerre ?

L’épée de Goujian (Chine) porte une lame de bronze, contenant une forte concentration de cuivre, la rendant plus souple et moins propice à voler en éclat. Elle contient aussi de petites quantités de fer, de plomb et de soufre. Les études ont révélé une proportion de soufre et de sulfure de cuivre optimale pour lui assurer une conservation de milliers d’années. Le manche est décoré de diamants bleus turquoises.

Le travail est-il à l’origine de la guerre ? C’est la question qui vient à l’esprit en écoutant l’excellente émission animée par Xavier Mauduit, le Cours de l’histoire où l’archéologue Anne Lehoërff est invitée pour nous éclairer sur l’origine de la guerre.

Sont accessibles, au bas de l’article, une bibliographie et des documents audios, dont un enregistrement de 2018 sur l’invention de la guerre, avec Anne Lehoërff invitée cette fois par Étienne Klein.

Définir la guerre ne se résume pas à la considérer comme l’usage de la violence ou la pratique d’assassinats ciblés sur un groupe humain. La guerre est une expression sociale qui implique une adhésion, une reconnaissance, un large appui culturel et logistique où tous les acteurs ne sont pas nécessairement des combattants.

Démontrer avec certitude que l’invention de la guerre apparaît à une époque précise, en un lieu bien défini, est difficile. Néanmoins, des milliers d’années après, on en trouve des traces indéniables. La découverte des premières épées, objets voués sans ambiguïté à la guerre, est une preuve solide pour révéler son apparition à un moment donné. Les premières armes que l’on peut qualifier d’épées datent du quatrième millénaire avant notre ère. Leur fabrication a demandé une organisation sociale complexe, la maîtrise d’une technologie, un réseau d’artisans de haut niveau et un système d’approvisionnement performant pour pouvoir assembler des matériaux divers provenant de territoires divers et lointains.

Non seulement l’organisation, la préparation, la structure sociale doit être élaborée et hiérarchisée mais une idéologie, une conviction, disons une croyance issue de dispositifs sociaux verticaux est nécessaire. Les conflits armés ont toujours révélé des chefs de guerre.

La guerre devient une réalité lorsque les sociétés humaines consacrent du temps, de l’énergie à la fabrication d’armes qui ne sont pas destinées à la chasse. Les activités liées à la préparation de la guerre rognent alors sensiblement sur celles essentielles, liées à la sécurité alimentaire, au confort, à l’habitat. Passer la frontière au delà de l’action violente spontanée, localisée et limitée dans le temps et aller vers l’utilisation de ce nouveau concept innovant qu’est la guerre, n’est ni spontané, ni instantané. Une configuration bien particulière est nécessaire pour se lancer dans une telle aventure. L’hypothèse que cet élan est la résultante de l’entrée dans l’ère de l’agriculture, du labeur, de l’accumulation de biens, de ressources et de produits, n’a rien d’invraisemblable.

On peut parler de nouvelle économie. L’économie de la guerre est incroyablement riche et variée. L’homme y consacre son habileté, son savoir et ses connaissances parfois de manière plus intense que pour améliorer son bien-être. Bien que cela puisse paraitre contre intuitif, c’est une réalité. Certains s’aventurent même à penser que la guerre est porteuse de progrès susceptibles de « relancer l’économie ». Ce biais est dangereux et trompeur, il est animé par la volonté de définir l’économie à partir de la croyance irrationnelle dans le travail comme valeur sacrée indépassable. Rien ne prouve que les progrès issus d’une économie guerrière ne peuvent survenir dans un contexte moins destructeur. Les notion de progrès, d’innovations et d’apports favorables à l’espèce humaine et à son environnement sont toujours sujettes à débat.

Y a t’il une limite raisonnable entre l’énergie utilisée pour subvenir aux besoins essentiels et celle nécessaire à préparer la guerre et la pratiquer ? Se protéger du péril de la guerre c’est peut-être simplement reconsidérer, de manière globale, le travail, la production et leur finalité.

Les sociétés paléolithiques ne connaissent pas le labeur (travail de la terre). Elles restent relativement à l’abri du biais de la guerre auto-entretenue par l’économie de production cumulative.

L’économie guerrière génère un volant d’activités assimilable à un volant d’inertie lancé et difficile à stopper. La guerre semble être le résultat inhérent à toute société de production cumulative qui cherche à divers moments de son développement des ressources supplémentaires. Produire génère nécessairement des sociétés complexes qui se structurent, se hiérarchisent et mènent l’imaginaire collectif vers des rêves de puissance générant des besoins insatiables.

Armée de terre cuite (210–209 av. J.-C). Elle contient plus de 8000 soldats. (quasiment tous ont un visage différent à taille humaine), 130 chars tirés par 520 chevaux, auxquels il faut rajouter les 150 chevaux montés par des cavaliers. (Source Wikipédia)

Poser la question (en titre) c’est vouloir trouver des outils pour imaginer une destinée viable à l’espèce humaine, une ère nouvelle, synthèse des deux périodes majeures précédentes, paléo et néolithique. L’écoute des documents radiophoniques suivants ne peuvent qu’aider à se faire sa propre idée.

Pour conclure… Sans être expert.e en archéologie, mais avec de la rigueur et de la curiosité, on peut éclaircir le sujet. Il est plus facile d’affirmer que le travail n’est pas à l’origine de la guerre dans un monde où il ne règne pas en maître absolu. 

à l’origine était la guerre

Le cours de l’histoire

Qui a inventé la guerre ?

La conversation scientifique

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« Le néolithique » de la même auteure. Un petit ouvrage dans la série « Que sais-je ? » à prix modéré

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