La peau du béton

« L’architecte est toujours coupable

il est né coupable, il finira coupable. »

(Rudy Ricciotti)

Je découvre l’architecte Rudy Ricciotti au cours d’un entretien, avec Olivia Gesbert, radiodiffusé sur France Culture. J’assiste à un festival de mots et d’expressions qui électrisent mes neurones : « Travail, nation, inexpertise, église écolo-scientiste, responsabilité de bienveillance, désertification de la pensée architecturale, courant faible, doxa écologique tremplin du fascisme, million d’emplois, consumérisme, bureaucratie, fascisme, art, inculture… ». Le propos fait suite à une comédie théâtrale écrite par l’architecte : « Le béton en garde à vue ».

Concentré, je me laisse porter par le flux de paroles. Les phrases sont déclaratives. Rudy Ricciottine fait preuve de sincérité et de sensibilité. Sa passion accroît d’autant plus mon attention. Surprise, le mythe de la nation est convié. Même les Dieux de la guerre sont sollicités, la Légion Étrangère est donnée en exemple pour sa frugalité. L’argument « béton » de l’emploi et du travail vient en renfort.

Pavillon Blanc Henri Molina (Rudy Ricciotti) (Colomiers, haute Garonne) en vis à vis avec
La Vénus de Laussel (Bloc de calcaire -25000 ans).

L’artiste est agacé par « l’inexpertise » des grands prêtres, pharisiens de l’écologie lestés par des préjugés, qui oublient de faire preuve de curiosité et d’intérêt scientifique. La démarche militante a tendance à orienter le regard, tout en réduisant l’angle de vision. Arrivé aux commandes, on tente de résoudre de réels problèmes, mais rien n’est simple, la chose publique est si compliquée, en particulier pour ce qui est de gérer l’habitat et les constructions publiques. Alors vient le moment où l’on préconise l’usage inconsidéré de la bureaucratie avec les meilleures intentions.

Essayons de comprendre sans apriori la problématique exposée dans cet entretien, gouttons à la contradiction honnête, sincère et cohérente. Les certitudes égarent, gardons l’intégrité d’esprit suffisante pour éviter les impasses et les biais. Il est nécessaire de concilier la dualité entre deux orientations qui semblent opposées pour ouvrir des perspectives et des cheminements qui doivent mener vers une nouvelle ère plus désirable.

La première orientation est contrainte par l’impérieuse nécessité de revoir la notion de travaux et de grands travaux sans oublier que le long terme peut être synonyme d’économie. L’usage de gros moyens en main d’œuvre et en outillage, le transport et la mise en œuvre de matériaux lourds doivent être pensés avec justesse car inéluctablement, nos activités laborieuses deviennent toujours plus énergivores et gloutonnes. Elles dévorent nos ressources, les plus intimes, notre temps et notre santé, et toutes les autres, minérales, végétales et animales, même le sable pourrait faire défaut.

La seconde orientation est animée par une formidable force admirable et envoûtante, celle des métiers détenteurs de fantastiques savoirs, savoirs-faire et savoir-être. Elle est capable de sublimer les souffrances, de générer autant : l’abnégation que l’addiction, l’admiration que la dépendance ainsi que la passion pour la perfection.

Évitons les polémiques et les malentendus. On ne peut se permettre de provoquer un dénouement tragique. Une nouvelle ère succédera au néolithique encore présent. La pression que nous exerçons sur nous même et sur notre environnement est à son apogée, jamais atteinte depuis 10000 ans.

A l’ère du paléolithique l’homme n’apparait pas encore au centre des représentations. La rupture du néolithique a fait de nous des constructeurs, laboureurs, laborieux travailleurs. Nous ne sommes plus seulement sujets de la nature mais esclaves de nous même.

L’ère actuelle de production cumulative épuise inexorablement les ressources. Risque aussi de disparaître, avec ces ressources, notre capacité à imaginer, à se projeter. Revisitons sans passion le culte du labeur, ce guide est bien trop suprême. Il doit être reconsidéré sans heurter frontalement la normalité d’aujourd’hui si rassurante pour beaucoup d’entre nous, elle parait éternelle, mais je crains que cela soit trompeur.

La stratégie consiste donc à remodeler l’imaginaire du mythe du labeur, je ne vois d’autres moyens pour faire vaciller les plus absurdes activités marchandes, les ébranler délicatement, progressivement. En premier lieu celles, si évidentes, par leurs inutilités flagrantes, leurs nuisances immédiates ou sournoises. Le travail ne se justifient souvent que par le souci de sa propre perpétuation. La litanie de la préservation de l’emploi est tellement unanime que personne n’ose se questionner à propos de sa finalité. Lorsqu’il s’agit de l’architecture la question doit se poser de la même manière sans ne jamais craindre les interrogations sur le sens de nos réalisations. Les plus nobles activités essentielles et réellement protectrices doivent perdurer, mais indéniablement avec une nouvelle approche.

J’invite à écouter Rudy Ricciotti avec l’attention qu’il mérite et à parcourir les documents qui suivent.

Doit-on faire le procès du béton ?

La Grande table des idées par Olivia Gesbert
France Culture le 15 sept. 2020.

Brève histoire du ciment (extrait de l’encyclopédie en ligne Universalis)
Dans la préhistoire et au début de l’Antiquité, les maçonneries étaient soit liées à l’argile, soit réalisées sans liant, comme les murs pélasgiques de Grèce ou les murs incas. À Babylone, les maçonneries de briques étaient liées au bitume. Les Égyptiens utilisèrent pour les pyramides, notamment, un plâtre grossier produit par cuisson d’un gypse (sulfate de calcium) impur. Les Grecs furent parmi les premiers constructeurs employant la chaux obtenue par cuisson du calcaire (carbonate de chaux). Les Romains se servirent beaucoup de la chaux dans leurs constructions, mais améliorèrent ce liant dès le Ier siècle avant J.-C., en l’additionnant de pouzzolane (cendres volcaniques actives)… Des chaux hydrauliques furent produites en 1756, l’Anglais Smeaton, en mélangeant celles-ci avec des pouzzolanes, obtint un mortier aussi dur que la pierre de Portland, d’où l’appellation de ciment Portland.

Empreintes de pas sur le site tanzanien d’Enagre Sero -100 000 ans figées par des matériaux volcaniques qui, utilisés bien plus tard, ont permis d’élaborer le ciment et le béton que nous connaissons actuellement.

La muraille de Chine est fabriquée avec un mortier exceptionnellement résistant à l’aide d’un adjuvant inattendu : L’amidon du riz
2300 ans de vie !!! Elle a résisté à des climats extrêmes et des tremblements de terre… Des experts scientifiques ont analysé avec les moyens technologiques d’aujourd’hui le contenu des matériaux utilisés, et en particulier du mortier. Le mortier était constitué d’un mélange déterminé de chaux et de riz gluant ! La chaux est le parfait matériau recyclable, le calcaire CaCO3 après pyrolyse perd son dioxyde de carbone et en présence d’eau donne de la chaux Ca(OH)2. Celle-ci à son tour, déposée sur le chantier perd son eau, fixe le dioxyde de carbone environnant et redonne du calcaire. (source : mediachimie.org)

  • Le riz est constitué pour l’essentiel d’amidon, polysaccharide de grande taille et ramifié.
  • Dans le mélange riz-chaux, l’amidon du riz, par sa structure de filet de pêcheur, va contenir la chaux humide et lui permettre par la suite de « cristalliser » en calcaire en microstructures, voire nanostructures, au sein des filets.
  • Le tour est joué, la structure va se consolider dans le temps. L’armature de l’amidon va servir de support armé et invisible de maintien pendant des millénaires !!!
Motif de l’amylopectine. L’amylopectine est un polymère ramifié qui avec l’amylose, un autre polymère, constitue l’amidon.

Du béton hydrophobe Aujourd’hui des scientifiques chinois ont développé un béton hydrophobe grâce à un mélange d’huile et d’un polymère de silicone.

Surface de plante hydrophobe, les gouttelettes d’eau glisse et n’écrase pas la plante.

Des propriétés autonettoyantes qui pourront intéresser autant les hôpitaux que les allergiques au ménage. Mais ce n’est pas tout, le béton ainsi traité est également est bon isolant thermique et phonique. Les propriétés autonettoyantes résistent à la chaleur et aux traitements chimiques. Selon ses créateurs, ce béton hydrophobe pourrait faire gagner du temps au personnel d’entretien dans les bureaux, mais aussi améliorer les conditions d’hygiènes dans les hôpitaux. (Source : futura-sciences.com)

Légèreté, économie, Rudy Ricciotti parle de réalisations en béton bien moins gourmandes en matière première. La structure qui suit, de 3 à 12 centimètres d’épaisseur, issue des dernières technologies nous prouve que des éléments jusqu’alors impossibles à réaliser deviennent les réalités de demain.

Ce toit en béton ne fait en moyenne que 5 cm d’épaisseur.

Bibliographie
https://rudyricciotti.com/bibliographie

Je ne veux pas faire du prêt à consommer, du prêt à l’emploi. Parce que c’est ça qu’on nous propose aujourd’hui...

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